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association spéléologique NATURE-TEMOIN
 

Gouffre du Passe-Muraille: topo 2011-2012

Le jeudi 20 février 1997, Bernard Magos agrandit un trou d'une dizaine de centimètres et trouve l'entrée d'un aven profond, lors d'une de ses prospections dans le Bois Communal d'Issirac. Il descend dans une grande salle et se trouve en haut d'un autre puits. Bernard explora ensuite la suite du gouffre du Passe-Muraille, qui semble se diriger vers les grands réseaux d'Orgnac-Issirac. L'SCCM et Bernard Baudet, ancien président de notre association, sont venu topographier cet aven, situé dans le périmètre protégé de l'aven Orgnac-Issirac, jusque -82m. Après des désobstructions, la salle Gazée point -91m est atteint par des spéléologues Tchèques venus avec l'équipe du SCCM.

En 2000, à 17 h du soir à la fin d'un court weekend dans le coin, un copain belge nommé Dominique Wadin est initié au Passe-Muraille. Il a mis son nez dans le couloir de l'entrée naturelle, là où Bernard lui disait qu'il n'y avait rien et où c'est bien le dernier endroit que l'on serait aller fouillé. Mais ce Dominique avait bien découvert un soupirail ventilé, et ne voulait plus sortir du trou, alors que l'on remontait tôt en Belgique le lendemain matin... Son coéquipier Patrick Soetens n'avait pas d'autre choix que d'ouvrir le soupirail et ainsi fut découvert le réseau Dominique... Le 29 juillet 2000, Patrick Soetens (GS LA Cordée, Mouscron, Belgique) et J.F Courtial réalisent la topographie de ce réseau supérieur.

Les explorations et les désobstructions dans ce gouffre très gazé se poursuivaient par différents coéquipiers, en toute discrétion, car les communes étaient en pleine 'guerre spéléo' afin de trouver les plus beaux réseaux et surtout une autre entrée pour les aménagements touristiques. Le saga du gouffre geant d'Orgnac-Issirac se développait...

Au point culminant de ses découvertes, notre Bernard se voit exclus de son gouffre, exploration interdite par les communes, qui avaient posé un rocher de plusieurs tonnes sur l'entrée.

Sur une compilation des plans existants (trois en total), on remarque une discordance de 25% entre les échelles quand on superpose tous les calques, et même une différence de plus de 10 degrés en azimut! Une retopographie de toute la grotte s'impose, donc. Le but est de 'savoir' au moins ce qui nous présente cet aven, et je me suis mis les épaules sous ce projet.

Au printemps 2011, Guido Goossens, Bernard et moi équipent une traversée autour du grand puits dans l'ancienne partie et réalisent une bonne centaine de mètres de topographie d'un réseau parallèle au réseau supérieur.

L'été 2011 s'annonce comme une plongée sans eau dans ce fluïdum souterrain plein de gaz carbonique. Notre ami plongeur flamand, Raf 'PapaSpéléo' Vanstaeyen, reconfectionne ses récycleurs de plongée pourqu'il puissent être utilisés à la spéléo. Test final hors grotte. J'ai la tête qui tourne après quelques minutes, car je n'ai pas les pinces au nez et j'ai mal à éviter qu'il y a de l'air ambiant qui entre dans le circuit fermé, ce qui va entraîner une overdose d'azote qui peut même m'empoisonner. Le lendemain, vérification de la théorie: on devrait être capable de ‘plonger' dans le boyau sous le puits gazé pour un état des lieux autour des -90.

Dans la salle sous l'entrée, à notre surprise, le taux de CO2 avait presque doublé par rapport à la semaine passé, et le tax de gaz carbonique dépassait même une première fois les 3% dans la grande descente à -40. Le puits gazé est fort chargé (3,5%) donc nous le descendons en circuit fermé. Pour l'occasion, j'ai des bouchons d'oreille dans le nez pour éviter un empoisonnement d'azote. Avec les recirculateurs d'oxygène, nous avons une autonomie d'un peu plus qu'une heure.

La réalité : comme mon équipement est désolidarisé (bouteille d'oxygène pur dans le kit sur le dos et filtre attaché devant au baudrier dorsal, puis les 2 tuyaux vers ma bouche), j'ai du mal à desescalader le ressaut à -80. Pire : dans le boyau, je suis obligé d'enlever tout mon installation, sinon je ne passe pas dans la chatière derrière. Mais il m'est impossible de passer les 2 paquets à travers la boue liquide à cause du poids (défaut sérieux et sous-estimé qu'ont pas les plongeurs sous l'eau...) sans enlever la pièce de la bouche : impossible, et je décide donc d'aspirer l'air très gazé pendant quelques dizaines de secondes. Hélas, la pièce prend aussi la flotte et il faut respirer dans une pièce buccale en mangeant de la boue liquide et du sable pendant la demie heure qui suit!

Raf a légèrement plus facile, car il a l'habitude de la plongée, et il avait attaché la bouteille à son filtre avec une sangle à cliquet.

Finalement, nous voilà à -91, dans la cloche au-dessus du P2, et devant l'étroiture qui nous empêche de passer dans la salle gazée, donc on rebrousse chemin car notre bagage est trop encombrante.

La remontée est pénible, parce que j'ai aussi le kit avec d'autres cordes, matériel de désob et une foreuse à monter.


Dans la foulée, Raf ne remarque pas qu'il a perdu son descendeur... Nous sommes obligé de retourner quelques jours après, car il en aura besoin en expé, et nous descendons encore une fois à -80 pour le retrouver devant le boyau infernal. Cette fois ci, on prend chacun une bouteille d'oxygène plus détendeur, ce qui est moins encombrant, mais nous laisse une autonomie de 15 min seulement.

Comme nous sommes là et les taux de CO2 sont légèrement moins que la dernière fois, on peut se permettre de respirer un peu de mauvais air, avec des alternances à la bouteille d'oxygène, pour ne pas être trop vite empoisonné. Je n'ai pas trop de mal à la tête. Pourtant, le gaz me donne énormement de douleurs dans les os et particulièrement dans le cou.

On décide de profiter de ce moment pour jeter un coup d'oeil dans le P2, comme l'eau qui sort du boyau tombe assez profond dans l'étroiture en-dessous, et ça résonne bien. Par contre, pour descendre dans la suite vers le bas, il faut faire pêter !!

Avant qu'on a trop la tête qui tourne, nous ne pouvons pas résister de se faufiler pendant quelques secondes dans le trou qui donne dans l'une des salles les plus magnifiques que j'ai jamais vu sous terre. La salle gazée "Gaz de France" existe: on se croyait dans une géode énorme, avec des cristallisations partout, dans laquelle il est conseillé de sortir les combis... Nous ne mettons donc pas un pied dedans et nous remontons. Le retour est assez pénible et fatiguant à cause de la quantité de gaz que nous avons respiré.

gauche: l'aven du Casse-Muraille après le tremblement de terre; droite: cristaux dans la salle Gaz de France

Par coup de chance et haute pression atmosphérique quelques semaines après, Guido de Keyzer et Erik atteindent la salle GDF et ils arrivent même à topographier en remontant du fond à -60, comme il n'y avait "que" 2,95% de CO2...


Dimanche 29 janvier 2012. Gouffre du Passe-Muraille: topo et desequipement ; mesure CO2 + 02. Pression atmosphérique 1013 mBar, presque pas de pluie depuis l'été : on s'attend à beaucoup de gaz. Bernard descend jusqu'au premier puits. Dans la salle sous l'entrée il y a 2% de CO2 (18,9% de O2) et il respire mal. Il va vérifier que la corde au nouveau réseau est toujours en place et ressort. Erik et Mickael Leroy (Ressac) descendent : partout dans les puits, le taux est constamment entre 3,5 et 3,8% (A -60 il n'y a que 17,8% d'O2). Pourtant, ils vont jusqu'au fond (boue liquide dans le boyau !). Ils jettent un des derniers cailloux qui restent dans le P2 de l'Echo , qui roule très loin avant de tomber dans du grand. Il y a tellement de CO2 dans la salle GDF (plus de 5%), qu'ils y restent à peine 30 secondes avant de remonter en toute vitesse le puits gazé. Ensuite on décide de deséquiper tout, car le zicral des amarrages (et surtout les maillons speedy) commencent à former une croute de calcite. Erik reprend la topo en remontant de -60 (visées inverses) et Mickael enlève l'équipement. Après 3,5h dans le trou, nous sortons et nous posons une nouvelle plaque en bois de 0,6x1m qui couvre à peine l'orifice, mais qui évite qu'il faut utiliser les branches.

Après le traitement de s données topo graphiques , le haut du puits de l'Echo se trouve à la profondeur confirmée de -91m (pénétrable jusqu'à -93m) avec une verticalité de 26,7%. La profondeur de la topo de 1997 était donc pas loin, mais en plan nous avons un réseau qui couvre une zone nettement plus grande qu'avant: 412 m de développement sous un carré de 50 x 70 m.

Il serait intéressant de faire un sondage de présence des variétés de diaprysius pour voir la relation avec l'aven avoisinnant.

Entretemps, cette cavité est aussi un gisement paléontologique et qu'il a été fouillé par une équipe spécialisée après accord du SRA.

La topographie sur petite échelle, un récit détaillé, ainsi que les cordonnées seront publiés après que la convention avec les propriétaires sera signée.

A suivre...

(Erik VdBroeck)

 

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