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association spéléologique NATURE-TEMOIN
 

Découverte de vestiges archéologiques dans la grotte MdA-1 (Labastide-de-Virac)

Les découvreurs ont abouti sur le porche côté sud-est de la grotte, large de dix mètres, partiellement éboulé, dans lequel sont cachées deux entrées. Nous avons remarqué que le sol est plein de cailloux, sauf dans la moitié sud, où il y a une salle qui contient une douzaine d'entonnoirs, qui peuvent être des soutirages, mais qui ont la dimension de bauges. Il y a des pentes de terre et des cailloux qui ont clairement été réalisées par des petits animaux.

Après avoir parcouru une bonne centaine de mètres, nous n'avons pas constaté de trace de passage humain récent. Ce n'est qu'au retour près de l'entrée que nous avons remarqué d'autres départs, derrière des restes de murailles, témoins d'une ancienne bergerie. Une muraille est encore intacte et cache l'entrée vers une autre salle, encore plus caillouteuse, qui comporte par une coulée stalagmitique en forme d'autel.

Le tube en os

De là, le courant d'air nous a ramené vers le jour dans le porche côté nord-est de la grotte, large de cinq sur six mètres de profondeur, totalement assèché et bien protégé contre les intempéries. Le fond de terre noire est bien plat.
Curieux de savoir s'il y avait encore plus, on a commencé à regarder dans les petits départs. En tournant la tête à gauche dans une cloche, cachée derrière un creux à peine un mètre au-dessus du sol, nous avons remarqué, parmi un lit de glands et des os, un objet qui ressemble à une cartouche de fusil. Ce n'est qu'en touchant cet objet que nous avons constaté que ce n'était pas du plastique et du cuivre, mais un lourd morceau d'os fossilisé qui a été travaillé. Après l'avoir remis en place pour la photo de situation, nous avons enlevé cet objet pour en prendre de bonnes photos, afin de trouver quelqu'un qui puisse le déterminer (entretemps, cet objet a été mis en dépôt aux réserves du Musée de Préhistoire à Orgnac-l-Aven, avec les autres objets de la trouvaille qui étaient en danger de disparution).

 

Il s'agit d'un morceau en os, très lisse et légèrement conique en sa longueur de 6,5 cm, de 2,5 cm de diamètre presque circulaire en coupe. L'objet semble été tranché aux deux extrémités, d'abord par une incision irrégulière de plusieurs millimètres, laissant apparentes les marques de fracture.

La partie haute montre deux petites marques d'incision supplémentaires près de chaque côté de la cassure, ainsi que des dents formés par la casse. La partie basse montre une petite incision supplémentaire à côté de la cassure.

A environ un centimètre du bas de l'objet, une entaille d'un demi centimètre de largeur est apparente tout autour de l'objet, comme si une ficelle avait été fixée ou avait même provoqué l'usure par frottement. Sur cette ceinture, huit triangles noires sont visibles, à intervalle plus ou moins régulier.

Vers le haut de l'objet, on peut remarquer trois taches noires, qui ont la même forme et couleur que les taches visibles sur les deux os restés en place dans la cache. Pour ceci, deux explications apparaissent logiques : ou ce sont des brûlures sur les os, ou bien ce sont les glands qui ont provoqué les taches noires par contact ; alors, plus tard, les os ont été retourné par un animal.

L'objet a été percé par un forêt ou une mêche pour enlever l'âme. Dans l'extrémité basse se trouve un morceau de bois dur et pointu par action de coupe. La pointe de bois, orienté vers l'intérieur, s'enlève sans difficulté. Reste à se demander si le bois et l'objet ont le même âge, bien que certains bois comme le génévrier puisse tenir plusieurs milliers d'années, quand ils sont dans le sec absolu.

C'est très intéressant de comparer cet objet avec d' autres tubes en os (réf. « Les outils en os emmanchés de l'habitat chalcolithique et les tubes en os du Midi de la France » par Hélène Barge-Mahieu, Bull. Soc. Préhist. Fr. 1990, t. 87/3, pp. 86-92 ou bien « Le forêt à feu : expérimentation contre rumeur scientifique » par Jacques Collina-Girard, L'Homme, t. 31/120, pp 69-88) .

Il ne s'agit pas du seul tube en os trouvé à Labastide-de-Virac (un autre saurait été trouvé dans la grotte du Pontiar), mais celui-ci est l'unique exemplaire dans lequel est conservé  une pointe en bois.

S'agit-il d'une ancienne perle de parure d'un des premiers habitants de notre village ? Avons-nous trouvé dans cet ancienne cache un outil emmanché dont manque l'outil ? L'objet, aurait-il été trouvé par un berger qui est venu se cacher là et qui aurait introduit la pointe en bois, ou s'agit-il d'une malice d'un visiteur illustre ? On peut même se demander s'il ne s'agit pas d'une partie de forêt à archet préhistorique, mais alors, pourquoi a-t-on cassé la partie haute du manche ? Ou serait-il une simple charnière de porte ancienne ??

Nous ne le savons pas, mais espérons de trouver un spécialiste qui puisse aider à expliquer notre trouvaille...

Ceci dit, nous avons laissé l'affaire de côté, préférant faire un relevé topographique du massif autour de la grotte, qui compte plus de cinquante trous à cet étage d'une paléo-Ardèche.

Les griffades

Lors des session topo, nous avons trouvé un peu partout dans la grotte des griffades sur les parois. Rien d'anormal : les plus grandes concentrations apparaissent dans les premiers 50 centimètres au-dessus du sol. Il s'agit de griffades de petits animaux à 5 doigts. On suspecte les blaireaux comme les auteurs de ces multiples traces croisées, comme des miniatures de griffades d'ours, mais d'une largeur entre 1,5 et 3 centimètres seulement entre les 3 doigts du milieu, dont les griffes se marquent le plus souvent.

En fait, de par leur configuration, les empreintes de pattes d'un blaireau rapprochent beaucoup celle d'une main d'homme ou d'une patte d'ours.

Les griffades que nous avons retrouvé font souvent preuve d'une certaine pression à l'attaque, l'écartement étant nettement plus large au début de la marque.

On ne voit pas toujours les traces des griffes du 1 er et du 5me doigt, plus à l'arrière et plus petit.

Toujours rien d'anormal. Au fond de la partie sud de la grotte, on commence à trouver des griffades de plus en plus haut par rapport au sol. Il y a des marques à 1,50 et même à 2m35 de hauteur.

Seulement, il s'agit de griffades similaires, donc de petits animaux comme le blaireau. Cela nous parâit un peu bizarre : des traces d'animaux sur des parois qui ne sont pas accessible à de tels animaux.

L'énigme reste. Pire encore : nous commencons à retrouver des panneaux de griffades qui montrent des configurations hors du commun, certains traits presque à l'horizontal. Comment un animal peut-il aller griffer au-dessus de sa taille un tracé à l'horizontal, et comment le fait-il ??

Normalement, le niveau du sol dans une grotte monte avec le temps à cause du remplissage, donc il est peu probable qu'il a était 2 mètres plus haut à l'époque où ils ont fait ces griffades. En plus, il y a coexistance des griffades sur les deux niveaux.

Existait-il un culte à la patte de blaireau? Nous avons notion d'un culte à la patte d'ours dans la grotte d'Isturitz (dixit Aude Labarge) mais c'est la préhistoire dans les Pyrénées...

Les céramiques

Lors de l'avancement dans la grotte au cours de la topo, nous avons remarqué que les petits animaux ont retourné une partie de la couche qui forme le sol actuel de la grotte.

Nous avons remarqué quelque tas de terre avec des excréments animalièrs. Il y a énormément de tessons de poterie ancienne entre les cailloux par terre. Cela est très difficile à remarquer, étant donné qu'on marche sur les cailloux, qui sont le meilleur camouflage pour ces céramiques.

Il y a deux éventuélités qui se présentent :

1. Le blaireau, en particulier, est un grand spécialiste capable de retourner de grandes quantités de terre. Dans un contexte archéologique, il est l'ennemi numéro 1 de la stratigraphie (Jean-Baptiste Mallye a même consacré un ouvrage de 500 pages au blaireau en contexte archéologique et les éléments de discussion des séquences préhistoriques dans sa thèse à l'université de Bordeaux).

2. Le deuxième ennemi, souvent par son ignorance, est l'homme qui marche sur ce sol. Il peut ainsi déplacer des objets de leur contexte, ou même les détruire en les ignorant.

 

On peut bien présumer que cette grotte a été fréquentée pendant plusieurs millénaires : nous avons trouvé des preuves de fréquentation qu'on peut attribuer au néolithique, l'âge du bronze, à la période romaine, ainsi que les temps plus récents. Il est donc certain que le sol actuel n'est en aucun cas le sol vièrge qu'on peut trouver dans une grotte dont l'entrée a été fermée pendant des siècles ou des millénaires.

 

Nous sommes conscient du danger que courent ces quelques d'objets potentiellement archéologiques. Nous souhaîtons les protéger contre une destruction de ce sol déjà perturbé, avec disparition future des artefacts, compte tenu de la fréquentation touristique tout proche.

 

Nous avons donc catalogué chaque tesson et repéré la position sur la topographie, ce qui a facilité la déclaration et le dépôt de la trouvaille aux réserves du Musée de Préhistoire à Orgnac-l-Aven.

 

 

En janvier 2012, nous avons reçu de Robin Furestier, responsable des collections au musée d'Archéologie d'Orgnac-l'Aven, des nouvelles concernant notre trouvaille:

 

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